Sylvain Teissier

Photographie médicale
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Comment s'équiper pour la photographie en chirurgie esthétique ?

Cet article est d'abord à destination des médecins qui souhaitent s'équiper de matériel photo pour réaliser des clichés pré-op et post-op de leurs patients en dermatologie, chirurgie ou médecine esthétique...

Les photographies pré-opératoires et post-opératoires sont devenues essentielles dans la pratique de la chirurgie esthétique et reconstructrice. Les médecins sont tenus de documenter de façon pertinente et objective l’anatomie de leurs patients. Si la qualité photographique des smartphones s’est considérablement améliorée ces dernières années, le téléphone seul ne permet pas d’assurer des comparaisons préo-op et post-op significatives; le paramètre essentiel qui entre en jeu pour réussir ses clichés est d'utiliser le même équipement et les mêmes procédures. Ceci implique le même appareil photo, le même éclairage, la même focale, le même cadrage et le même positionnement du patient. Les conseils qui suivent vous permettront de concevoir un « studio photo » dédié à la prise de vue clinique de vos patients avant et après leur intervention avec des résultats de qualité professionnelle.

Optimiser et améliorer la qualité de vos documents photographiques.

La cohérence de la documentation photographique est essentielle pour la chirurgie esthétique. L’utilisation d’un studio photo dédié augmentera considérablement la qualité des photographies. Dans cet article seront présentés les différents matériels et technologies nécessaires à la mise en place et à l’utilisation d’un studio photo dans votre cabinet médical.
Un studio photo dédié, conçu pour votre pratique, vous permettra de réaliser rapidement pendant vos consultations des photographies cliniques de qualité constante et normalisées.
Passons en revue le matériel nécessaire pour monter un studio photo. Il vous faudra :
  • un appareil photo numérique
  • un fond, uni de préférence
  • de la lumière artificielle (continue ou ponctuelle)
  • des supports pour le fond et vos sources de lumière
Il n’est pas nécessaire de disposer d’une pièce indépendante pour installer votre studio, un coin de votre bureau de consultation fera l’affaire si vous avez de la place (7m2 environ). Il ne faut pas que la lumière du jour éclaire directement l’emplacement du studio pour avoir toujours les mêmes conditions de luminosité qu’il soit 9h du matin ou 19h grâce aux sources lumineuses que vous allez utiliser.

Appareil photo numérique

Est-il possible de faire toutes ses photographies cliniques avec son smartphone ? La réponse est… NON !
Le smartphone a des qualités, l’appareil est petit, toujours dans la poche, il fait de belles photos et il est facile de consulter les images. Seulement sa lentille est grand-angle et déforme rapidement si l’on se place trop près du sujet, ce qui est un problème en chirurgie plastique où le résultat doit se rapprocher le plus objectivement possible de la réalité anatomique du patient. Enfin il y a très peu de réglages à la prise de vue quand c’est souvent 100% automatique !
Le but étant de « normaliser » et « standardiser » les photographies, cet aspect doit déterminer le type d’appareil photo à utiliser. Ne nous étendons pas sur les compacts numériques car ils n’ont pas toujours un mode manuel qui permet de répéter les mêmes réglages à tous les patients photographiés.
C’est là le principe fondamental de la photographie normalisée, avoir un contrôle sur tous les aspects de la prise de vue. 
Le meilleur outil disponible pour le praticien reste le reflex numérique et ses objectifs interchangeables. Le choix est immense et les tarifs sont devenus très abordables. Inutile d’investir dans des boîtiers professionnels à plusieurs milliers d’euros, un boitier et un zoom d’entrée de gamme peuvent suffire.

Voici une liste de produits qui présente deux couples boîtier/objectifs de marques Canon et Nikon. La liste n’est évidemment pas exhaustive et d’autres modèles ou marques existent. Nous partons sur 1 reflex numérique et 2 objectifs ; un objectif “zoom standard” pour 80% des images et un objectif “macro” qui permet de s’approcher très près du sujet pour capter des détails (très utile en dermatologie par exemple pour photographier des tumeurs de la peau). Pour parfaire votre équipement il faudra acheter une carte mémoire, une batterie supplémentaire, un sac photo et un lecteur de carte mémoire USB si votre ordinateur en est dépourvu.


Budget "entrée de gamme" chez Canon:



Budget "moyenne gamme" chez Canon



Budget "entrée de gamme" chez Nikon



Budget "moyenne gamme" chez Nikon



Fond photo du studio 

L’arrière-plan de la photographie clinique ne doit pas être fouillis ou trop coloré. Un fond uni est nécessaire mais quelle couleur choisir ? Puisqu’il faut faire ressortir la couleur “chair” de l’anatomie du patient, nous choisirons une couleur dite “complémentaire” soit dans l’idéal du vert ou du bleu. 

Mais alors, vert ou bleu ? 

Le patient peut être gêné d’être pris en photo par son médecin. La dimension psychologique de l’instant n’est pas à sous-estimer. Quand on parle de bleu, on pense au ciel, à la mer ; cette couleur est associée à la paix, le calme et sérénité au contraire du vert qui est plutôt une couleur rafraîchissante et tonifiante. Dans ces conditions la couleur bleue est la plus appropriée, on laissera la couleur verte aux photographes adeptes des photomontages et des effets spéciaux.

Sur le cercle chromatique, chaque couleur se trouve en face de sa couleur complémentaire et l’une met en valeur l’autre.

Pour la réalisation de votre fond photo deux choix s’offrent à vous: 

Peindre le mur en bleu 

Si vous n’avez pas beaucoup de place dans votre cabinet pour aménager un studio photo, il peut-être judicieux de peindre le mur ou de peindre un plateau en bois (2m de haut et 1,5m de large) pour le fixer au mur. Il faut utiliser une peinture de couleur mat et passer plusieurs couches et ne pas utiliser de vernis au risque de voir des reflets de lumière sur les photos. Il faudra repeindre tous les 2 ans car la lumière a tendance à faire ternir la couleur au fil du temps. 

Panneau de bois peint en bleu et fixé au mur.

Fond de studio 

La solution la plus confortable est d’utiliser un fond de studio en papier sur un support de fond (2 trépieds + 1 barre télescopique pour fixer et dérouler facilement le fond sur le sol). Le rouleau peut se placer jusque sous les pieds de votre patient et permettre de réaliser des photos du corps entier avec un fond uni tout autour. Il existe deux tailles standards de papier conditionné en rouleau, 1,35m de large ou 2,72m. Vous pouvez dérouler 11m de papier par rouleau. Enfin différentes teintes de bleu sont disponibles. 

Fond studio en papier (1,35m de long) + support de fond

Conseils d'achat



Eclairage 

Tous les photographes s’accordent au moins sur une chose : la lumière est la condition sine qua non en photo. 

Pour des clichés de qualité, il faut absolument ajouter de la lumière dans votre espace dédié car elle est souvent insuffisante et mal orientée. 

Voici quelques pistes pour choisir votre matériel parfois plus coûteux que celui dévolu à la prise de vue... Il existe deux grandes familles de lumières pour le studio : 

  • la lumière continue (flux lumineux en continu) 
  • la lumière flash (1 éclair très puissant et très bref) 

Le choix d’utiliser l’une ou l’autre dépendra essentiellement de votre budget. La lumière flash produit une lumière de très grande qualité mais le budget est plus important. Il faut noter qu’elle ne convient pas à la vidéo. C’est un peu hors sujet mais aujourd’hui tous les reflex numériques font de la vidéo et c’est un paramètre à prendre en compte si vous en réalisez. Peu importe la technologie choisie, il faudra s’équiper d’un kit comprenant au minimum 2 sources de lumières (+ trépieds) et un système de diffusion (Softbox) pour adoucir la lumière (ombres très peu marquées) sur le modèle. 

La lumière continue 

La lumière continue éclaire en permanence le sujet. Les technologies ont beaucoup évolué ces dernières années et la fluorescence (ampoules fluo-compacts) est un bon compromis : les ampoules dégagent peu de chaleur et alignent une belle espérance de vie mais ont du mal à produire un fort éclairement. Pour avoir un éclairage suffisamment puissant et se passer totalement du flash de l’appareil photo il faut au minimum 8 ampoules fluo de 105W et augmenter la sensibilité de base de l’appareil photo entre 400 ISO et 800 ISO ce qui peut générer un léger bruit sur l’image finale. 

Attention aux sources halogènes qui ne coûtent pas cher à l’achat mais qui chauffent énormément, ce qui réduit leur espérance de vie et consomme beaucoup d’électricité.

La meilleure solution en lumière continue est d’investir dans un kit FLUO 5000 kelvins (lumière blanche) avec boîte à lumière de 60x90cm ou équivalent.



La lumière flash 

Le flash fournit une lumière intense dans une durée très brève. Sa puissance fige le sujet et les micromouvements et permet en utilisant des boîtes à lumière de couvrir des portraits en pied (corps entier). Le rendu de la lumière est simulé par l'éclairage d’une lampe “pilote” peu puissante. Investir dans ce type de matériel est plus coûteux, demande un apprentissage un peu plus long mais s’avère un excellent choix pour produire des images de grande qualité.  

Flash de studio

Les produits “Elinchrom“ sont réputés pour leur fiabilité (mais il existe d’autres excellentes marques comme Profoto, Bowen, Broncolor…) et le kit D-Lite RX 4 avec deux boites à lumière 66x66cm est parfait pour s’équiper. Comptez en moyenne 800 euros pour l’achat de ce kit. Les flashs de studio utilisent les ondes radio pour déclencher grâce à un émetteur à placer sur la griffe porte-flash de votre appareil photo. Vérifiez bien que votre matériel est compatible même si c’est le cas de la plupart des reflex numériques du marché.

Kit flashs de studio

Comment installer sa lumière

Pour obtenir un résultat qui convient à la photographie clinique, les projecteurs doivent être placés devant à droite et à gauche du patient. Ils seront inclinés à 45° vers l’intérieur pour éclairer de façon homogène et sans ombres portées sur le fond bleu. Il suffira ensuite de monter ou baisser les trépieds selon la zone du corps à photographier.  

Plus les projecteurs seront près du patient, plus le rendu sera doux et peu contrasté. Pour obtenir des ombres un peu plus marquées, il faudra les éloigner. Ceci est surtout valable pour la lumière flash car les projecteurs fluo par leur manque de puissance devront rester assez près du patient.

Et maintenant, comment je règle tout ça ? 

Un paragraphe ne suffira pas à expliquer comment utiliser correctement son matériel et il faudra faire plusieurs essais pour trouver les bons réglages entre la lumière et l’appareil photo. Dans l’idéal, l’appareil photo sera réglé en mode MANUEL avec une sensibilité ISO moyenne pour préserver la qualité de l’image (entre 400 et 640 ISO), une ouverture du diaphragme comprise en f/5,6 et f/8 pour avoir une grande profondeur de champ (zone de netteté) et enfin une vitesse d’obturation rapide (1/160ème de seconde) pour avoir une image nette. C’est avec ces contraintes que la quantité de lumière sera ajustée. 

Conclusion

L'intérêt d’installer un “studio photo” dédié à la photographie clinique en chirurgie plastique est évident : normaliser ses clichés pré-opératoires et post-opératoires et ainsi faire des comparaisons très précises grâce à un rendu uniforme malgré des prises de vue éloignées de plusieurs mois. Une fois la technique maîtrisée, réaliser ces clichés deviendra un jeu d’enfant !  

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